RÉPONSES DU MINISTRE DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET DE L’INNOVATION TECHNOLOGIQUE LORS D’UNE INTERVIEW.

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  • Quelles sont les prérogatives du Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation Technologique ?

La loi n° 15-95 du 7 septembre 1995 portant orientation et programmation du développement scientifique et technologique, en son article 17 stipule qu’au sein du Gouvernement, le Ministre chargé de la science et de la technologie a la responsabilité de :

  • Veiller à l’exécution de la politique nationale en matière de science et de technologie ;
  • Veiller au maintien des équilibres généraux, anime les réseaux des institutions ;
  • Coordonner l’action de recherche des ministères. Il dispose des moyens propres d’incitation.

A ce titre, le Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation Technologique a pour mission essentielles de :

  • Orienter et contrôler l’élaboration et la mise en œuvre des programmes et des projets de développement de la recherche scientifique et de l’innovation technologique ;
  • Promouvoir, coordonner et contrôler les activités de la recherche scientifique et de l’innovation technologique.
  • Le 30 juin 2018 en présence du Premier Ministre, vous avez célébré la journée de la Renaissance scientifique, quelle est l’importance de cette journée ?

Organisation à Brazzaville, sur l’initiative du Chef de l’Etat, de la première rencontre des hommes dd science d’Afrique, du 25 au 30 juin 1987 et qui conduisit à :

  • La création de l’Union Panafricain de la science et de la technologie ;
  • La création de la journée africaine de la renaissance scientifique, à la date du 30 juin.

Et par la suite, la journée de l renaissance scientifique a été institutionnalisée au Congo, à travers la signature et la publication du décret n°976248 du 5 août 1997.

La journée de la renaissance scientifique a pour missions, notamment de :

  • Réaffirmer le rôle éminent de la recherche et contribuer à donner à la science et à la technologie la place qu’elle mérite ;
  • Défendre la science et la technologie congolaise en montrant ses grandes réalisations, ses produits et sa participation à la satisfaction des besoins des populations ;
  • Promouvoir les scientifiques de talent pour contribuer de façon significative au développement des capacités scientifiques et technologiques.
  • L’année 2018 au Congo est celle de la culture du manioc, de la banane et du cacao, le ministère dont vous avez la charge de diriger, a-t- il un rôle à jouer dans l’agriculture tout comme dans la pêche et l’élevage ?

 Notre implication dans le programme manioc, banane et cacao tire son efficacité de la longue expérience et du savoir faire souvent mal connu des femmes et des hommes de notre pays, des chercheurs qui, à longueur de journée tentent de contourner les obstacles à notre paisible vie de chaque moment.

Partant des besoins exprimés (programme MAEP) par le ministère en charge de l’agriculture, le Ministre de la Recherche Scientifique et de l’Innovation Technologique a défini les activités à réaliser en synergie avec tous les acteurs du Systèmes National de Recherche Agronomique (SNRA), notamment :

  • Production et diffusion des boutures saines de manioc ;
  • Production et diffusion des plants sains de bananiers ;
  • Amélioration des pratiques culturales en milieu paysan ;
  • Appui au développement des chaînes de valeur post-récolte (transformation, commercialisation, etc.) du manioc, de la banane et de la banane plantain ;
  • Formation des producteurs ;
  • Organisation des réseaux et formation des producteurs-multiplicateurs de semences de qualité.
  • Quelles sont les différentes directions ou établissements qui sont sous votre tutelle ?

 Institutions de gestion administrative et technique

   Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technologique (DGRST) ;

  • Direction Générale de l’Innovation Technologique ( DGIT).
  • Organisme de Recherche
  • Institut national de Recherche Agronomique ( IRA) ;
  • Institut national de Recherche Forestière (IRF) ;
  • Institut national de Recherche en Sciences Exactes et Naturelles (IRSEN) ;
  • Institut national de Recherche en Sciences de la Santé (IRSSA) ;
  • Centre de Recherche Géographique et de Production Cartographique (CERGEC) ;
  • Centre de Recherche et d’Etudes en Sciences Sociales et Humaines (CRSSH) ;
  • Centre de Recherche et d’Initiation des Projets de Technologie (CRIPT) ;
  • Centre de Recherche sur la Durabilité et la Productivité des Plantations Industrielles (CRDPI).
  • Organismes d’appui à la recherche
  • Centre national de Documentation et d’information Scientifique et Technique (CNDIST) ;
  • Agence national de Valorisation des Résultats de la Recherche (ANVAR) ;
  • Fonds national de Développement de la Science et de la Technologie (FNDIST).

5-Quelle est la place de la Recherche scientifique au Congo ?

 Aujourd’hui tout le monde s’accorde pour dire que l’Afrique connaît un sérieux retard sur le plan du développement de la science et de la technologie. Le fossé se creuse chaque jour davantage entre les Nations qui ont su développer la Science, l’Innovation et la Technologie (STI) et celles qui cherchent encore comment s’y atteler.

Les STI sont des composantes clés de la croissance durable et du développement d’une Nation. La capacité des pays africains à rivaliser sur le marché mondial dépend essentiellement des aptitudes et des attitudes de leurs citoyens à réinventer le monde, à innover et à appliquer des technologies pertinentes pour les entreprises et notamment celles des secteurs productifs.

Il est clairement établi que « sans la recherche, on ne peut parler de développement ni de la diversification de l’économie congolaise » car la recherche par sa vocation transversale est au centre de toute préoccupation humaine, sociale et économique.

Au Congo, les chercheurs travaillent prioritairement sur les domaines suivants : (I) sécurité alimentaire et nutritionnelle, (II) la santé, (III) la foresterie, (IV) les sciences exactes et naturelles, (V) sciences sociales et humaines, (VI) sciences de l’ingénieur, etc.

Quelques exemples pour édifier  les  auditeurs :

  • La période favorable de la production maraîchère est et reste la saison sèche, cependant avec le développement des itinéraires techniques améliorées, réalisées par les chercheurs congolais, les produits maraîchers sont maintenant disponibles en toutes saisons, c’est-à-dire même pendant la saison des pluies, , une saison très difficile, les maraîchers congolais arrivent à produire des  légumes sur la base des techniques culturalles proposées par la recherche ;
  • Le manioc qui est notre aliment de base est très attaqué par les maladies et les ravageurs dont la mosaïque, communément appelée « Apolo » par les producteurs. A ce jour, les chercheurs ont développé des méthodes scientifiques de lutte (production des vitroplants et techniques améliorées de production) qui ont donné des résultats très satisfaisant et qui font du Congo, aujourd’hui, le leader de la recherche sur le manioc dans la zone CEMAC ;
  • Dans le domaine de la création des plantations industrielles à base des plantes à croissance rapide, le Congo est le leader mondial dans le clonage des Eucalyptus.

La science, la technologie et l’innovation sont le moteur de la croissance économique, de  l’inclusion sociale et du développement durable de tout pays. Elles jouent un rôle clé dans l’amélioration de la qualité de vie, en renforçant entre autres, la sécurité alimentaire et nutritionnelle, les soins de santé et la couverture des besoins énergétiques des populations.

6-Peut-on parler de l’énergie nucléaire au Congo ?

Il faut déjà dire que l’énergie nucléaire ne se résume pas aux réacteurs et centrales nucléaires. Notre pays est membre de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) depuis le 15 juillet 2009.

Nous utilisons l’énergie nucléaire à des fins pacifiques dans :

– le traitement des cancers et la radiographie au CHU de Brazzaville ;

– l’agriculture et l’élevage ;

-la construction des routes ;

-la production pétrolière.

Pour ne citer que ceux là.

Ainsi dans le cadre du cycle 2018-2019 avec la coopération technique de l’AIEA, nous avions élaboré les projets mobilisateurs avec les différents départements ministériels concernés (MAEP, Ministère de la justice sur les questions d’éthique et  de bioéthique, etc.).

Dans le même sens, nous avons signé un mémorandum avec  la Fédération de Russie dans le cadre de l’utilisation pacifique de l’énergie atomique. Cela  va se résumer par la construction d’un centre de recherche nucléaire pour le plus grand bien des chercheurs et enseignants-chercheurs. Des efforts sont faits pour y parvenir.

 7- Le 14 mars dernier, le Président de la République a posé la première pierre pour la construction d’un centre d’énergie solaire à Oyo, Mr le Ministre pouvez-vous rappeler  l’importance de ce centre ?

 On estime  que le secteur de l’énergie est responsable de plus de deux tiers des émissions de gaz à effet de serre. Dès lors, la réponse appropriée qui s’est mise en marche à l’échelle  internationale est la transition énergétique qui utilise toutes les technologies disponibles en favorisant la recherche-développement et en renforçant la volonté de changement de tous les acteurs.

La transition énergétique limite les changements climatiques, améliore l’accès à l’énergie et respecte les objectifs mondiaux de développement durable.

Le Protocole de Kyoto, le Plan de Bali, les Accords de Cancun et la Conférence des Nations-Unies sur le changement climatique (COP) poussent à décourager l’utilisation des ressources énergétiques conventionnelles.

Plusieurs initiatives à travers le monde y compris en Afrique sont lancées en faveur des énergies renouvelables et propres et notre pays n’est pas resté en marge de ce courant global.

Le Centre d’Excellence d’Oyo a pour objectif principal de promouvoir l’accès à l’énergie abordable, fiable, durable et moderne pour tous, afin de favoriser une croissance économique soutenue, partagée et durable pour notre pays.

Très tôt dans les années 1970, le Président Marien Ngouabi s’était intéressé à la recherche en énergie solaire.

Le site d’Oyo n’a pas été choisi au hasard, mais répond à la volonté du Gouvernement de créer une plateforme mutualisée regroupant l’Enseignement Supérieur, la Recherche Scientifique et l’Innovation Technologique, le monde productif à travers la zone économique spéciale d’Oyo.

Si d’ordinaire, l’Etat se retrouve vers ses démembrements naturels que sont les composantes de l’Administration ou les entreprises et autres sociétés publiques, de plus en plus, le Gouvernement, dans l’air du temps, recherche une partie de son efficacité à travers le partenariat public-privé maitrisé.

C’est dans ce cadre que s’inscrit l’implication de  la société ENI Congo qui va apporter son savoir-faire et ses moyens pour réaliser ce grand projet dont les impacts et les  effets attendus sont indéniables pour les populations du Congo.

8-quelles sont les grandes activités avenir de votre ministère ?

Les perspectives pour les années à venir sont :

  • Elaboration de la stratégie et de la politique de développement de la science, la technologie et l’innovation avec l’appui de l’UNSCO ;
  • Finalisation de la reforme institutionnelle :
  • Lancement des programmes fédérateurs et des programmes nationaux ;
  • Création et lancement du salon national de l’innovation :
  • Réhabilitation et construction des infrastructures de l’innovation (construction des technopôles et parc scientifiques, etc.) ;
  • Réhabilitation et construction des infrastructures de recherche (construction des cités scientifiques de Brazzaville et de Pointe Noire, des sièges des instituts, etc.) ;
  • Développement d’une architecture de communication et des systèmes d’information ;
  • Equipement des différentes structures de la recherche et de l’innovation ;
  • Amélioration de la condition sociale (statut particulier très attrayant etc.) :
  • Dynamisation et développement de la coopération scientifique et technique ;
  • Développement de la culture scientifique ;
  • Création des organes de gouvernance liés à l’éthique et à la bioéthique :
  • Lancement des activités du laboratoire de fabrication des médicaments contre le paludisme et autres maladies ;
  • Lancement des essais multilocaux ( recherche sur la capacité d’adaptation de la plante aux conditions du Congo) de l’artemesia annua en vue de la création des plantation industrielles.

Que signifie l’innovation technologique

Pour définir l’innovation technologique, il  est bon de commencer d’abord par définir ce que l’on  entend par innovation.

D’une manière simple, une innovation est la mise au point d’un produit ou d’un service plus performant, pour fournir une nouveauté ou une amélioration au consommateur.

On peut aussi dire autrement, de manière toujours simple, qu’une innovation est une évolution significative d’un procédé ou d’un produit résultant à la fois de l’imagination créative, de la réalisation concrète et de la réponse aux attentes des consommateurs.

L’innovation ainsi définie, l’innovation technique c’est quoi ?

Il faut entendre par innovation technologique de produit mise au point ou la commercialisation d’un produit plus performant dans le but de fournir au consommateur des services objectivement nouveaux ou améliorés.

Par innovation technologique de procédé, il faut entendre la mise au point ou l’adoption de méthodes de production ou de  distribution nouvelles ou notablement améliorées. Elle met en jeu des changements ou améliorations affectant séparément ou ou simultanément le matériel, les ressources humaines ou les méthodes de travail.

Ces définitions sont considérées comme officielles  et tirées du manuel d’Oslo de l’Organisation de la Coopération et de Développement Economique (OCDE) qui est la référence en la matière.

Cependant, la définition la plus simple de l’innovation technologique est celle qui est donnée par Chris Andrew, « L’innovation, c’est l’invention plus la commercialisation ».

L’innovation se distingue d’une invention ou d’une découverte dans la mesure où elle s’inscrit dans une perspective applicative.

Les définitions ci-après peuvent aussi permettre de comprendre les aspects liés à l’innovation technologique.

L’invention

Le concept d’invention est très proche de celui d’innovation. Mais l’invention diffère de l’innovation. En effet, une innovation est construite sur une invention, mais toute invention ne donne pas lieu à une innovation. La distinction majeure est qu’une invention est la concrétisation isolée d’une idée créative alors qu’une innovation est un nouveau produit introduit avec succès sur un marché. Une innovation ne se protège pas.

Ce sont les inventions sous-jacentes qui sont brevetées. Ainsi, l’innovation peut être définie comme une nouvelle solution à un problème technique.

Le brevet

Un brevet est un document délivré sur la base de dépôt d demande par l’autorité publique (communément l’office de brevet) qui décrit l’invention et qui crée une situation légale dans laquelle l’invention ne peut normalement être exploitée qu’avec l’autorisation du titulaire du brevet.

En d’autres termes, un brevet protège une invention et octroies à son titulaire un droit exclusif d’utiliser son invention pour une période bien limitée (20-25 ans).

La technologie, la technique

En rapport avec le sens étymologique, la technologie est l’étude des outils et des techniques. Le terme inclut l’art, l’artisanat, les métiers, les sciences appliquées et les connaissances. Mais de plus en plus, on parle d’une technologie, considérée comme un ensemble de méthodes et techniques autour de réalisations industrielles formant un  tout cohérent. Dans cette acception, elle ne se confond pas avec la technique. C’est aussi, selon Guy Danielou, fondateur de l’université de technologie de Compiègne en France , « le nom que prend la science quand elle a pou objet les produits et les procédés de l’industrie humaine.

La technique est quant à elle, «  un ensemble de méthodes qui sont utilisées pour faire quelque chose. La technique est souvent associée à un savoir-faire professionnel. Elle couvre l’ensemble des procédés de fabrication, de maintenance et de gestion qui utilisent des méthodes issues des connaissances scientifiques ».